Mon enfant refuse de sourire. Tant mieux.

Des parents fatigués, une petite fille qui boude bras croisés, et pourtant l'une des plus belles photos de la semaine. Sur les vraies expressions, et ce qu'on ne demandera jamais à vos enfants.
La photo qui illustre cet article a été prise à la fin d'une séance un samedi matin. Les parents étaient arrivés en retard, fatigués, après une nuit courte et une dispute dans la voiture au sujet d'un manteau. Leur fille de 4 ans avait décidé, quelque part entre le parking et le studio, qu'elle ne sourirait pas. Elle a croisé les bras, baissé le menton, et elle a tenu bon. Vingt minutes. Ses parents, derrière elle, ont fini par rire de la situation, de leur fatigue, de cette petite tête de mule qu'ils adorent. C'est cette photo-là qu'ils ont choisie pour leur poster.
Ce que nous ne demanderons jamais
Nous ne demanderons jamais à votre enfant de dire « cheese ». Nous ne lui dirons pas « souris », ni « regarde l'oiseau », ni « allez, un petit effort pour papa ». Nous ne mettrons pas de musique entraînante ni de peluche qui couine au-dessus de l'objectif. Toutes ces techniques fonctionnent, d'ailleurs : elles produisent un sourire. Mais un sourire de commande, qui n'appartient à personne, et que vous reconnaîtrez immédiatement comme faux en regardant la photo dans dix ans.
Ce que nous cherchons, c'est le visage de votre enfant tel qu'il est. S'il est joyeux ce jour-là, tant mieux. S'il est pensif, timide, boudeur, concentré, fasciné par le parapluie blanc du flash, tant mieux aussi. Toutes ces expressions sont lui. Le sourire forcé ne l'est pas.
Pourquoi la bouderie est une chance
Un enfant qui boude est un enfant qui s'affirme, et qui vous fait confiance assez pour le faire devant vous. En photo, c'est magnifique : le front plissé, la lèvre inférieure qui avance, les bras croisés trop haut, le regard en coin pour vérifier l'effet produit. C'est une scène de votre vie de famille, pas une pose. Et dans vingt ans, quand cette enfant aura 24 ans et viendra peut-être au studio avec son propre bébé, vous rirez ensemble de la petite tête de mule du samedi matin.
Les photos que les familles gardent sont rarement les plus « réussies » au sens classique. Ce sont celles où quelque chose de vrai s'est passé.
Ce que nous faisons à la place
Nous parlons à vos enfants comme à des gens. Lionel leur demande leur prénom, leur âge, ce qu'ils ont mangé au petit-déjeuner, s'ils ont déjà vu une lampe aussi grande. Il leur montre l'écran de l'appareil. Il les laisse toucher le fond, s'asseoir par terre, se cacher derrière un parent. Les 20 minutes passent, et quelque part dedans, sans qu'on l'ait demandé, il y a un fou rire, un regard tendre, un geste spontané vers une maman. C'est ce moment-là qu'on attend, et il vient toujours.
Pour les tout-petits, nous travaillons avec les parents, pas malgré eux : le bébé regarde sa mère, pas l'objectif, et c'est très bien ainsi. Pour les ados, nous les laissons choisir leur place et leur posture, et nous ne commentons pas. Ils savent très bien ce qu'ils font.
Ce que vous pouvez faire, vous
Arrivez reposés si vous le pouvez, mais si vous ne le pouvez pas, venez quand même : la séance dure 20 minutes, et personne n'a besoin d'être au meilleur de sa forme. Ne briefez pas vos enfants la veille sur l'importance de bien se tenir, cela produit exactement l'inverse. Ne promettez pas de récompense contre un sourire : le sourire acheté se voit. Et surtout, pendant la séance, ne les corrigez pas. Laissez faire. Regardez-les. C'est souvent votre regard sur eux, à ce moment-là, qui fait la photo.
Si votre enfant pleure vraiment, nous faisons une pause, un câlin, un verre d'eau, et nous reprenons. Si cela ne passe pas, nous arrêtons et nous vous proposons un autre créneau, sans frais. Un enfant n'est pas un modèle, et nous ne sommes pas pressés.
Le droit de ne pas sourire
Au fond, c'est de cela qu'il s'agit : vos enfants ont le droit d'être exactement ce qu'ils sont devant l'objectif, et vous avez le droit d'aimer ces photos-là plus que les autres. Une frise familiale faite uniquement de sourires parfaits raconterait une famille qui n'existe pas. La vôtre, avec ses bouderies du samedi matin, est beaucoup plus intéressante.
La prochaine séance peut tomber un jour de bonne humeur, ou pas. Dans les deux cas, ce sera vous.

Maman de 3 enfants, ancienne aide-soignante, elle s'est reconvertie en responsable du projet Family Studio, en charge de la logistique, de la communication et du service client. Elle n’est pas photographe : elle écrit du côté des familles, celles qui préparent la séance, la vivent et vivent ensuite avec les photos.
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